Le carnet de Marc Capelle


  • Mon père, le toubib et Mao

    Tous les jours, un bref coup de sonnette vers 19 heures. Ma mère ouvrait la porte. «Ah ! Docteur ! » soufflait-elle invariablement. Il entrait sans attendre dans le salon, crinière en bataille, gros cartable de cuir sous le bras, et s’installait dans le fauteuil à côté de celui de mon père, qui avait passé là une bonne…

  • Diplomates et journalistes pris aux mots

    J’ai eu la chance de me frotter quelques années au monde de la diplomatie tout court et à celui de la diplomatie culturelle en particulier. J’ai ainsi travaillé pour le ministère des Affaires étrangères à Bucarest (1990 – 1993), à Sarajevo (2000-2003) et à Paris (2003-2006). Par ailleurs, de 1993 à 2000 j’ai fréquenté assidument…

  • Histoire vraie. Ou pas

    Connaissez-vous Alexandre Vial ? Sans doute pas. Et Jean-Charles Vial ? Probablement pas davantage. Ces deux Vial ne se sont jamais rencontrés mais ils se ressemblent comme deux frères, comme deux compagnons de galère. Outre leur patronyme, ils ont en commun d’être des paumés, des solitaires, des types qui, un soir plus difficile qu’un autre,…

  • Comment j’ai raté les premiers pas de l’homme sur la Lune

      Le cinquantième anniversaire des premiers pas de Neil Armstrong sur la Lune approche. C’était le 20 juillet 1969. J’avais presque onze ans, et j’ai raté l’événement. Plus exactement, je n’ai pas eu le droit d’y assister. Ce « petit pas pour l’homme » et « grand pas pour l’humanité », pour reprendre la formule d’Armstrong, avait été franchi…

  • Oradour-sur-Glane, notre monde, ma fille

    A dix ans, je me suis rendu, avec mes parents à Oradour-sur-Glane. C’était il y a cinquante ans et je n’ai pas oublié. Le silence des rues, les maisons vides, les jouets abandonnés sur les trottoirs et l’église. L’Histoire et l’horreur m’écrasaient soudain de tout leur poids. On nous invite, ce 10 juin, à ne…

  • Saigon

    Elle se réveille vers quinze heures, un peu hébétée de ne pas avoir assez dormi. De la rue lui parviennent des bruits de klaxons, le ronflement des scooters, les cris des vendeuses de banh my (petits pains), le vacarme du chantier voisin. Elle allume la télévision et, entre CNN et la BBC, s’efforce de prêter…

  • Au bout de la jetée

    Aller au bout de la jetée. Ici, on va au bout de la jetée comme on va acheter le pain. Une jetée longue, triste et grise qui borde un chenal long, triste et gris. Au fond, la mer du Nord, trait gris sous les nuages. Autrefois, après un kilomètre de pierre et de ciment, la…

  • La dame en bleu

    Elle arrive généralement vers 16 heures. L’heure du thé. Son petit chapeau délicatement posé sur ses cheveux blancs, elle s’installe à sa table, toujours la même, côté rue. Maréchal Tito, la rue. Elle l’a d’ailleurs peut-être connu, le maréchal. Avec son tailleur bleu, la petite dame est un exemple d’élégance. Les clients du café Imperijal…

  • La dernière montée

    La vieille grimpe sans hâte. L’escalier de pierre est raide. Elle s’agrippe parfois à la rambarde, souffle un moment, puis repart tête baissée, son petit cabas pendu à la main gauche. Chaque matin tu vois passer cette grand-mère tout en noir. Quel âge a t-elle ? Quatre-vingts ans ? Davantage ? La petite ville paisible, tapie au fond…

  • Les chevaux morts

    C’était un hiver plus froid encore que tous les autres. La route était verglacée, une neige épaisse, lourde, enveloppait les collines et les champs alentours. Le vent soufflait en rafales. Il s’efforçait de conduire en souplesse sans dépasser les 40 km/heure. Les nombreux virages étaient autant d’accidents qui l’attendaient au tournant. Il ne risquait pourtant…